PÉTRONILLE
DANS LA TOURMENTE QUÉBÉCOISE

Mardi 21 juin 2011 2 21 /06 /Juin /2011 12:19
L'année dernière, quand j'avais encore le temps de muser dans les boutiques de mon quartier, j'avais pris pour vous, lecteurs, cette photo édifiante :




Nous étions alors, notez bien la date, je vous prie, le 26 août. 
Et votre esprit d'analyse tout en finesse vous fait bien sûr comprendre où je veux en venir si subtilement : jusqu'à preuve du contraire, Halloween et sa ribambelle de gamins chargés d'oeufs pourris, c'est le 31 octobre.
Fin août, si je ne m'abuse, c'est encore les vacances d'été, la période de grâce où les moustiques entreprennent de vous faire tripler de volume le temps d'une nuit sous la tente, l'époque bénie où vos voisins grillent des saucisses sur leur barbecue géant dont la fumée pénètre gaillardement dans votre chambre à coucher, le doux moment où on bouquine au soleil dans un parc, à l'ombre des hommes en slip (oui, je vous en parlerai une autre fois, car il ne faut pas tout mélanger), le temps délicieux où les boutiques poussent la clim' à fond histoire de vous refiler l'air de rien une gentille pneumonie. C'est le temps des robes d'été (et des micro shorts, en ce qui concerne les Québécoises - ces garces aux cuisses honteusement musclées, dont je reparlerai aussi), des lunettes de soleil qui vous font une tête de mouche, du vernis à ongles qui vous fait le pied coquin (en plus d'être menu) en s'affichant dans des sandales... bref, il fait chaud (trèèès chaud), et octobre, c'est loin.

Et bien je serai tentée de vous répondre ceci : "oh que non !"

Ici, en août, on achète son déguisement de sorcière et sa citrouille . De toute façon, les boutiques ont cessé de vendre des vêtements d'été dès la mi-juillet donc si vous comptiez vous payer un nouveau maillot de bain en été, il ne vous reste plus qu'à le coudre vous-même à partir d'une cape de vampire ou d'un costume de fantôme. Quant à votre déguisement d'Halloween, vous seriez bien avisés d'y penser dès les premières vagues de canicule, car à partir de septembre, ce sont les guirlandes et les boules de Noël qui se répandent dans les rayons des magasins. Je me suis souvent plainte qu'en France les chocolats de Noël peuplaient les rayons et mes fantasmes dès novembre, mais je crois qu'au Québec, on bat les records de saisons qui s'entremêlent. Il vous faut prévoir deux mois à l'avance ce dont vous aurez potentiellement besoin à la saison suivante. Si vous oubliez votre écharpe ("foulard") dans le bus ("autobus") en janvier, vous devrez la remplacer par une couche de plusieurs paréos que vous trouverez aisément dans n'importe quelle boutique de vêtements en ville. Si des amis vous invitent à faire de la raquette avec eux dans un bois enneigé mais que vous ne voulez pas abîmer vos bottes de cuir, je vous souhaite bon courage pour dénicher une paire de godillots fourrés. Si vous envisagez d'acheter une doudoune pour le 1er hiver de votre bébé, c'est dès aujourd'hui, oui, en juin, que vous pourrez la trouver dans les rayons des magasins - n'attendez pas novembre ou vous devrez transporter votre héritier bien-aimé dans la capuche de votre propre manteau.
Par Pétronille - Publié dans : L'avis de Pétronille (qui vaut ce qu'il vaut)
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Samedi 18 juin 2011 6 18 /06 /Juin /2011 10:43

Aujourd'hui Pétronille qui, comme on le sait, se trouve isolée loin des personnes qui comptent le plus quand on est enceinte (à savoir sa mère, son charcutier et son médecin), se voit obligée de naviguer quelque peu sur les forums pour femmes enceintes dans l'espoir de trouver des réponses à des questions hautement philosophiques et néanmoins médicales, puisqu'au Québec il est tout simplement impossible d'appeler son médecin (et pourquoi ? Mais parce qu'on n'en a pas, de médecin - CQFD).

Les forums, quels qu'ils soient, constituent un monde à part, une sorte de société secrète pour initiés où le petit nouveau est immédiatement identifié parce qu'il a sottement commis un certain nombre d'erreurs de débutant que Pétronille, avec toute la grâce et la générosité qui la caractérisent, va décrypter pour toi, lecteur (et surtout lectrice), afin que tu puisses rejoindre en toute discrétion le monde merveilleux des discussions communautaires.

Avant tout chose, il te faut savoir que la règle veut que pour un problème médical (ou autre) anodin (que faire contre les jambes lourdes ; peut-on boire du thé rouge enceinte ; pour ou contre les sites de vente de vêtements de maternité par correspondance) on te balancera toutes sortes d'expériences atroces et dramatiques (moi aussi j'avais les jambes lourdes et j'ai fait une thrombose ; parce que j'ai bu une tasse de thé rouge mon enfant est né avec 3 bras ; j'ai fait une allergie au jean de grossesse acheté en ligne et mon enfant est né avec 5 semaines de retard...). Aussi tu seras forcément plus terrorrisée et angoissée après avoir lu les réponses à tes questions qu'avant...

Cet avertissement étant bien présent dans ton esprit, si toutefois tu souhaites continuer et te rendre sur un forum pour femmes enceintes, voici quelques conseils de base à suivre absolument :

1/ Un langage abrégé et simplifié tu emploieras. Sur les forums, le fait de faire de vraies phrases, avec de vrais verbes (voire des compléments d'objet direct) t'assimile à l'intellectuelle prétentieuse qui vient là pour se la péter et mépriser les autres. Aussi tu bêtifieras le plus possible et ne parleras pas de ton gynécologue mais de ton "gygy" (voire, dans les cas extrêmes, de ton "gygy d'amour"), tu n'évoqueras pas ton conjoint mais ton "Zhom" (d'où vient ce terme sexy au possible ? mystère...). La chair de ta chair se résume quant à elle à BB1 ou BB2 (un peu dans le genre de Kiki 1, Kiki 2, Kiki 3 etc... les fidèles compagnons de Michel Serreault dans le cultissime "Viager"). Je passe sur les péri (durale), césa (rienne), juju (jumeaux) et autres abréviations avec lesquelles tu te familariseras très vite.

2/ Moult émoticônes tu utiliseras pour ponctuer ton propos et témoigner à la fois de ton humour tout en finesse et de la complicité bienveillante que tu souhaites établir avec ceux qui daigneront te répondre. Même si ça fait mal aux yeux, tous ces trucs qui clignotent un peu partout (et qui, souvent ne fonctionnent pas, laissant à la place de l'image son nom en html), tu dois te faire violence et en passer par là.

3/ Tous les détails de ta grossesse et de ta vie familiale tu donneras dans une jolie frise en bas de ton message (frise qui devrait normalement prendre plus de place que le message lui-même : date de ton mariage, date des dernières règles, date prévue d'accouchement, nom des enfants, âge du chien etc etc...), le tout agrémenté de dessins de petits angelots joufflus et rieurs, de chatons à grands yeux humides et de guirlandes de fleurs.

4/ Des abréviations de rigueur tu useras. C'est là que ça devient subtil car pour qui débarque sur un forum, il est très difficile de comprendre les réponses des internautes qui semblent parler un langage secret connu d'eux seuls et probablement transmis au cours de quelque séance d'initiation au fond d'une crypte gothique par une nuit sans lune. Ainsi, si tu poses, innocente lectrice, une question qui te semble pourtant claire et simple, il est très possible que tu obtiennes en retour ce type de message : "c'est quoi ta *DPA ?", "est-ce que ton gygy t'a proposé une **VME ?", "vas-tu tenter l'***AVAC ?". Il est donc préconisé de dresser rapidement un bréviaire pour pouvoir communiquer avec ces êtres étranges dans leur propre langage.

Si tu survis à tout cela en étant malgré tout capable d'évoluer ensuite normalement dans la vie de tous les jours, de lire un livre sans images, de fermer les yeux sans voir des smileys à paillettes, de dormir sans rêver que ton enfant a une queue fourchue et 12 orteils, c'est que contrairement aux idées reçues, la grossesse n'a pas éradiqué tous tes neurones.

 

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Pour les lecteurs et lectrices dont la curiosité aurait été piquée, je livre ici - hors forum - les traductions adéquates, risquant par là de m'attirer les foudres de la communauté :

* DPA : Date Prévue d'Accouchement (= la seule date à laquelle tu peux être à peu près certaine que tu ne vas pas accoucher)

** Version par Manoeuvre Externe (= acte barbare par lequel 2 médecins appuient de tout leur poids sur ton ventre pour retourner de force ton innocent bébé qui rêvassait tranquillement la tête en l'air - la définition n'engage que moi)

*** AVAC : Accouchement Vaginal Après Césarienne (hé oui, après utérus dans un post précédent, voilà que je parviens à placer le mot vaginal, me montrant par là digne de faire partie de la grande et belle sororité des femmes enceintes)

Par Pétronille - Publié dans : Pétronille mère de famille
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Jeudi 16 juin 2011 4 16 /06 /Juin /2011 12:34

Il y a quelque temps, avant d'avoir fait le serment solennel de ne plus jeter ne serait-ce qu'un regard sur une bouteille d'alcool tant que la chair de sa chair n'aura pas vu le jour (serment solennel que le géniteur de ladite chair n'a, par contre, pas souhaité formuler - ce qui occasionne parfois quelques tensions dans le ménage pétronillesque lorsque, lassée de son énième jus de canneberge de la journée, Pétronille découvre le mâle en train de se siroter une pinte de bonne bière rousse - mais passons)... il y a quelque temps, disais-je, Pétronille a cuisiné un risotto.

Cette phrase apparemment anodine cache bien des tourments, croyez-moi.

Le risotto, c'était un peu le "plat du pauvre" des soirées pétronillesques parisiennes. Quand la journée avait été difficile, quand l'attente debout au milieu d'une rame de RER en panne, coincée sous l'aisselle d'un monsieur à l'hygiène douteuse, avait été longue, quand son ordinateur capricieux avait fait disparaître dans des circonstances mystérieuses l'article qu'elle venait enfin de terminer d'écrire dans la douleur (et à coups de guimauves au chocolat)... bref, vous l'aurez compris, quand le monde entier semblait en vouloir personnellement à Pétronille, il existait un moyen infaillible de se remettre de ses émotions : faire un risotto.

Il suffisait de peu de choses : huile d'olive, petits oignons, riz (dans le placard), bouteille de vin blanc (dans le garde-manger faisant office de cave à vin car communiquant avec l'air frais parisien), le parmesan (chez le fromager italien en bas de la rue). Un détour chez Giuseppe et son étal de fromages éblouissants, quelques voisins orange croisés dans la cour qui oublient de dire bonjour, et hop ! la cuisine s'emplissait d'un doux parfum grisant (d'autant plus grisant que Pétronille n'a pas l'habitude de mégoter sur la quantité de vin à ajouter à ses petits plats).

Or, par un beau jour d'automne québécois, suite à la conjonction de divers facteurs à fort potentiel de stress (un temps pourri, une chaussure pourtant pas très vieille qui prend l'eau comme une vieille tente de camping en Suède (oui, oui, du vécu), des démêlés épiques par téléphone en pleine nuit (décalage horaire oblige) avec l'administration française dans toute sa splendeur, le deuil de Patrick Swayze qu'elle se sent d'autant plus obligée de porter qu'elle ne cessait de se moquer de son brushing lorsqu'il était en vie, la galère des demandes de subvention de recherche, le choix entre "Les experts" ou "Les experts Miami" ou "Les experts New-York" à la télé...), Pétronille a eu soudain besoin de réconfort culinaire. 

Sa délicieuse mère et ses non moins délicieuses tomates farcies se trouvant à des milliers de kilomètres (soupir), il ne restait plus qu'une solution : le risotto.

Oui, mais bon, c'est là que ça se corse, comme dirait l'autre.

L'huile d'olive ? OK, il en reste dans le placard.
Le riz ? Toujours un stock d'avance (c'est l'aliment pétronillesque de base ; vous seriez surpris de voir tout ce que Pétronille peut accomplir avec du riz : parfois même du matériau de colmatage lorsqu'il est oublié sur le feu)
Le bouillon de volaille Kn*rr ? Déniché à prix d'or dans une épicerie française, et sagement rangé sur l'étagère de la cuisine.
Bref, je vous passe la liste des ingrédients.
Manquaient deux choses, et non des moindres : le parmesan, et le vin blanc.

Et c'est Là (je mets une majuscule, pour que tout le monde comprenne bien qu'on arrive au tournant crucial de cet article et qu'il serait bon de commencer à retenir son souffle) que le plat du pauvre parisien devient le plat de luxe québécois.

Car à l'époque, lecteurs, tenant à tout prix à mon foutu risotto, j'ai non seulement collé dans ma casserole une bouteille de vin chère (par rapport à ce que je mettais en France, entendons-nous bien, car ici elle se trouvait parmi les plus bas prix... en France je ne mettais même pas ce prix-là dans le vin blanc que j'avais l'intention de boire, alors de cuisiner...), mais j'ai aussi mis 7,38 $ (soit 5,249 euros) dans 140 grammes de parmesan...

La preuve en images :



Vous constaterez (bien que la photo soit floue, vous m'en excuserez, c'était l'émotion) que le kilo de parmesan ordinaire (type "grana padano") vendu ici coûte 52$ (37 euros)... quand on le vend entre 14 et 18 euros en France (oui, j'ai pris mes renseignements).
Voilà, tout ceci pour vous encourager, lecteurs européens qui saupoudrez généreusement vos spaghetti du soir avec du gruyère râpé, à compatir ne serait-ce qu'un peu avec nous autres, immigrants européens. Et merci d'avance.
Ceci dit, la bonne nouvelle est qu'il est certainement moins difficile d'être enceinte ici qu'en France. Je n'ai pas droit au fromage au lait cru ? De toute façon, ça fait deux ans que je n'en mange plus...
Par Pétronille - Publié dans : La photo culinaire du jour
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Lundi 13 juin 2011 1 13 /06 /Juin /2011 12:09
Aujourd'hui, amis lecteurs, Pétronille va partager avec vous une révélation qui risque de faire grand bruit et de réchauffer le coeur de certains d'entre vous.

Non, non, ne me remerciez pas tout de suite, lisez plutôt.
Souvenez-vous, c'était hier, ou presque. Pétronille portait encore les cheveux longs, Tante Suzon mettait encore quelques gouttes de coca dans son whisky, la courge spaghetti n'avait pas encore fait parler d'elle dans les médias... Ca y est, vous visualisez cette époque bénie ?
Impossible, alors, d'allumer la télévision ou la radio, de feuilleter un magazine ou d'entrer dans une boutique sans tomber sur eux, oui, eux, Didier Barbelivien et Félix Gray, tout en cheveux et en poils au menton, regards concupiscents et bandana couvrant une virile pomme d'Adam tressautant au rythme de leurs paroles suaves (oui, bon, j'arrête, j'essaie d'être flatteuse mais j'ai du mal à me forcer).
Remontons plus loin dans le temps encore, celui des sous-pulls qui grattent, des salopettes en velours côtelé, des puces dans les cheveux (cela rappelle-t-il quelque chose aux jeunes femmes trentenaires ?). Souvenez-vous, lecteurs, de Joe Dassin achetant des petits pains au chocolat (la la la la laaaaaa !!!) et des jupons colorés de la chanteuse de la Compagnie Créole froufroutant sur "ça fait rire les oiseaux".
(ça y est, vous les avez dans la tête et j'ai bien pourri votre journée ? Je vous avais bien dit de ne pas me remercier tout de suite)
Mais que sont ces chanteurs oubliés devenus ? vous demandez-vous parfois (mais si). Réjouissez-vous car j'ai la réponse : ils sont ici !!! Je ne peux entrer dans une pharmacie (chez Jean-Coutu, pour les initiés et les lecteurs de Michel Rabagliati) ou un "dépanneur" sans que la Compagnie Créole se mette à hurler joyeusement dans les haut-parleurs (et dans ma tête), accompagnée par les nombreux clients de tous âges qui ne peuvent s'empêcher de chantonner à leur tour avec entrain. J'y devine un subtil et pervers moyen de nous obliger à acheter des anti-migraineux...

Joe Dassin est lui aussi omniprésent au Québec. Je crois comprendre qu'après Félix Leclerc, il est LA référence incontournable de tout Québécois qui se respecte, à commencer par les chanteurs de rock montréalais, tatoués jusqu'aux yeux, qui, une fois qu'ils ont fini de hurler à la mort dans leur micro, essuient une larme pudique en évoquant leur premier 33 tours de Joe Dassin, "à qui je dois ma carrière", précisent-ils en portant une main à leur coeur et en levant les yeux au Ciel.

Et quid de Félix Gray, me direz-vous ? Vous serez ravis d'apprendre, lecteurs, que je l'ai retrouvé, ici même à Montréal, où il a écrit une comédie musicale il y a 2 ans (qui risque donc fort de débarquer de manière fracassante sur les scènes parisiennes, une fois la tournée à Gatineau et Québec achevée - en décembre 2011 me suis-je laissé dire...). "Les promoteurs", nous dit le Journal de Montréal, "espèrent que le spectacle sera établi de façon permanente à Montréal, comme on le fait à Broadway" : de quoi relancer le tourisme à Montréal, booster l'immigration, déplacer les foules par milliers et anéantir à tout jamais la renommée du Festival de Jazz. Merci Francis... oups Félix Gray 

Il y a donc une seconde vie pour les chanteurs disparus (morts ou oubliés de tous). Cela s'appelle : le Québec.

(Mais le Québec n'est tout de même pas tombé si bas que d'accueillir Didier Barbelivien, faut quand même pas pousser).

Je vous laisse méditer cet article à haute teneur instructive, qui vous permettre, sans nul doute, de briller en société. 
Quant à moi, je vais m'écouter l'intégrale des Beatles à fond et en boucle dans l'espoir incertain de faire passer "au bal masqué ohé ohé" qui vrille mon cerveau et celui (en cours de formation) de mon futur héritier depuis 2 jours déjà.
Par Pétronille - Publié dans : Pétronille raconte n'importe quoi
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Samedi 11 juin 2011 6 11 /06 /Juin /2011 11:44

Lecteur(s) de mon coeur, au cas où il t'arriverait, très certainement par hasard, de passer par ici, sache que (à ton grand soulagement j'espère), non, Pétronille n'est pas décédée au cours de ce foutu hiver québécois qui a duré 6 bons mois. Malgré la neige, le vent, le verglas et toute cette sorte de tracas hivernaux qui font marrer les copains restés en France (c'est toujours étrange de faire une webcam vêtue d'une laine polaire face aux amis en tee-shirt qui se plaignent de la sécheresse, hum...), Pétronille n'a pas passé l'arme à gauche et encore moins fui vers des cieux tropicaux plus cléments.

Non, Pétronille s'est trouvée fort occupée par un projet de longue haleine.

Car il faut savoir, lecteur(s), que les immigrants partagent un point commun avec les animaux sauvages en captivité : lorsqu'ils se reproduisent hors de leur environnement naturel, c'est qu'ils sont intégrés. Oui, c'est bien à travers cette phrase subtile et gracieuse que Pétronille annonce à son lectorat restreint (inexistant ?) la venue prochaine en cette bonne terre de Montréal d'un rejeton pétronillesque (aux pieds menus, n'en doutons pas) qui va venir enrichir la diversité culturelle québécoise. Avouez quand même qu'il eut été dommage de laisser perdre d'aussi bons gènes et de ne pas en faire profiter ma patrie d'accueil, hein, mais si.

Je rassure immédiatement le lecteur qui, passée la surprise, peut éventuellement se trouver assailli d'un doute bien compréhensible, je n'ai pas l'intention de raconter ici avec force détails le déroulement de ma grossesse, avec moult termes médicaux et anatomiques à l'appui.

Car j'ai remarqué que lorsque vous êtes enceinte, dès que votre test de grossesse affiche un résultat positif (enfin... quand vous parvenez à le déchiffrer parce que ce n'est jamais aussi net que sur l'image qu'on vous colle dans la notice), vous passez du côté obscur de l'humanité. Vous n'êtes plus un être humain, encore moins un être humain doté d'un cerveau et capable de s'en servir, vous devenez une mère en puissance (et possiblement une mauvaise mère, bien entendu). Ainsi, et spécialement à partir du moment où vous ne pouvez plus dissimuler votre état au regard inquisiteur du commun des mortels, vous vous trouvez réduite à l'état de matrice, sorte de madone auréolée de la grâce de l'enfantement, belle et pure, soit mais aussi légèrement stupide - vos neurones ayant probablement été absorbés par la délicieuse créature qui se trouve en vous (susceptible d'évoluer en adolescent à mèche à forte tendance acnéique, mais n'y pensons pas tout de suite).

Vous ne me croyez pas ?

* Exemple édifiant numéro 1 : dans les couloirs de l'université, vos collègues ne vous demandent plus si vous comptez participer au colloque X, si vous avez prévu de vous rendre à la conférence du Professeur Y, si vous êtes en retard dans la correction de vos copies ou si vous allez enfin publier vos résultats ô combien pertinents dans la revue du département. Non, hommes comme femmes se sentent obligés de commenter votre état à grands renforts de questions originales telles que "et c'est prévu pour quand ?", "ça va, pas trop malade ?", "et vous avez déjà des prénoms ?". On suppose déjà que vous ne pourrez pas participer à tel événement professionnel alors même que vous serez enceinte de seulement 2 mois. Car vous n'avez plus de cerveau, ou en tout cas, vous n'en avez plus besoin, sauf pour procéder à des comparatifs de poussettes. Si par malheur vous faites malgré tout usage de cet organe devenu inutile, on vous soupçonne d'être une mauvaise mère en puissance, détournée du bonheur porter la vie par des considérations terre à terre telles que votre travail.

* Exemple édifiant numéro 2 : toute femme ayant déjà des enfants se sent obligée, en votre présence et quel que soit le lieu, de vous raconter son accouchement (tout particulièrement s'il a été dramatique), avec plein de mots horribles dedans comme hémorragie (je vous passe les autres, c'est vraiment trop affreux). Dans un pays où le moindre film pour adolescentes est précédé d'un affichage annonçant le recours à un langage vulgaire et des scènes de nudité, la grossesse libère curieusement de tous les tabous. C'est ainsi que Pétronille, plongée dans l'obscurité d'un cabinet médical pour faire tester sa vue (qui est parfaite, merci), s'entend raconter par le menu la césarienne (et ses complications, hein) de l'optométriste qu'elle a rencontrée à peine une demi-minute plus tôt. C'est ainsi, également, que ses étudiantes viennent à la fin du cours lui parler de leur expérience (oui, au Québec, on reprend ses études à tout âge et plusieurs étudiantes sont mères de famille) et comparer l'intensité de vos nausées avec les leurs. Les petites mamies aiment à vous raconter leurs péripéties dans le Québec des années 40, où se rendre à la clinique par une tempête de neige relevait de l'exploit sportif. On a même connu mieux (pire ?) : la dame qui s'assoit à vos côtés au cinéma pour vous demander le sexe du bébé et qui ajoute : "moi, j'ai deux filles, une en vie qui est infirmière, et une morte-née" avant d'aller s'installer quelques sièges plus loin (et bonne soirée !). Hé oui, entre femmes enceintes et mères de familles, on est toutes copines, on peut tout se raconter, on fait partie de la même grande et belle sororité.

* Exemple édifiant numéro 3 : sachez qu'il serait très mal venu pour vous de refuser d'évoquer en public les parties les plus intimes de votre anatomie. Maintenant que vous êtes enceinte, votre utérus (oui, comme toute bonne Américaine dans une série télé à 2 balles, la femme enceinte se doit de prononcer le mot "utérus" plusieurs fois par jour) appartient à tout le monde et tout le monde vous en demande des nouvelles avec autant de naturel que si on évoquait votre chien ou votre hamster (ceci est un exemple, car jamais, ô grand jamais, un hamster ne passera le pas de ma porte).

D'ailleurs, tout le monde juge parfaitement naturel de coller une main glacée (en hiver) ou moite (en été) sur votre ventre, devenu bien national. À la caisse des supermarchés, à la bibliothèque... il y a toujours une main baladeuse prête à s'écraser sur la chair de votre chair, une main dont le propriétaire peut se montrer relativement désagréable si votre progéniture n'a pas l'heur de vouloir bouger à ce moment-là.

* Exemple édifiant numéro 4 : tout le monde a un avis sur le sexe du bébé, d'après votre silhouette. Dans la rue, une petite dame vous arrête pour vous féliciter pour "cette belle petite fille" que vous portez, à preuve votre ventre bien rond. L'épicier, quant à lui, sait rien qu'à vous voir de dos qu'il s'agit d'un "p'tit gars", d'autant que vous êtes en train d'acheter es bananes, "un signe qui ne trompe pas" (ah ?). La directrice du département, qui ne vous a jusqu'à présent que rarement adressé la parole, condescend à vous rendre visite dans votre bureau (cagibi sans fenêtre serait le terme approprié mais on ne va pas chipoter) pour vous signaler à toutes fins utiles que le fait que vous n'ayez pas (encore) grossi des cuisses annonce à coup sûr une petite fille.    

* Exemple édifiant numéro 5 : à présent qu'un enfant grandit en vous, vous êtes censée aimer tous les autres enfants, alors que, franchement, qui aime les enfants des autres ?? Sincèrement ?? Vous êtes pourtant obligée de décocher un sourire (crispé mais censé être bienveillant) à tout sale gamin qui pique une crise à l'épicerie, à toute horrible fillette qui hurle à la mort sur le banc à côté duquel vous essayez de lire tranquillement, à toute affreuse marmaille mal élevée qui vous vrille les oreilles dans le bus. Il est d'ailleurs de bon ton de prendre un air attendri (penser au saucisson que vous aurez le droit de manger à nouveau, après) et d'échanger un regard qui se veut connivent avec les géniteurs de ces ignobles gamins. Sans quoi vous passez, une fois encore, pour une future mauvaise mère qui n'a aucune patience avec les enfants, on se demande bien pourquoi vous en faites.

Voilà en quelques exemples (édifiants, donc), lecteurs, le monde hostile dans lequel doit évoluer la femme enceinte, dont on attend qu'elle soit posée dans un coin à caresser béatement son ventre tout au long de la journée, l'esprit peuplée d'images jolies, de bébés animaux et de chérubins aux cuissots plissés. Celle qui ose s'éloigner de cette image d'Épinal et qui - ô suprême honte - se rend au cinéma, mange une crème glacée au chocolat, emprunte les transports en commun, fait du shopping dans des boutiques qui ne vendent même pas de poussette ou de tire-lait (voilà encore un autre mot à citer absolument dans toute conversation mondaine), porte sur le front la marque infâmante de la future marâtre.

À part ça, oui, ça va bien, merci. 

Par Pétronille - Publié dans : Pétronille mère de famille
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Présentation pétronillesque

Où l'on retrouve Pétronille, laquelle, après moult péripéties sur lesquelles elle préfère dignement ne pas s'attarder, s'est enfin envolée pour la Belle Province, son visa de résidente permanente en poche.
La voici donc, découvrant son nouveau pays avec des yeux ébahis, et faisant partager ses aventures à ses lecteurs bien-aimés avec toute la générosité (et parfois la mauvaise foi) qui la caractérise.

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