Le risotto de l'angoisse

Publié le par Pétronille

Il y a quelque temps, avant d'avoir fait le serment solennel de ne plus jeter ne serait-ce qu'un regard sur une bouteille d'alcool tant que la chair de sa chair n'aura pas vu le jour (serment solennel que le géniteur de ladite chair n'a, par contre, pas souhaité formuler - ce qui occasionne parfois quelques tensions dans le ménage pétronillesque lorsque, lassée de son énième jus de canneberge de la journée, Pétronille découvre le mâle en train de se siroter une pinte de bonne bière rousse - mais passons)... il y a quelque temps, disais-je, Pétronille a cuisiné un risotto.

Cette phrase apparemment anodine cache bien des tourments, croyez-moi.

Le risotto, c'était un peu le "plat du pauvre" des soirées pétronillesques parisiennes. Quand la journée avait été difficile, quand l'attente debout au milieu d'une rame de RER en panne, coincée sous l'aisselle d'un monsieur à l'hygiène douteuse, avait été longue, quand son ordinateur capricieux avait fait disparaître dans des circonstances mystérieuses l'article qu'elle venait enfin de terminer d'écrire dans la douleur (et à coups de guimauves au chocolat)... bref, vous l'aurez compris, quand le monde entier semblait en vouloir personnellement à Pétronille, il existait un moyen infaillible de se remettre de ses émotions : faire un risotto.

Il suffisait de peu de choses : huile d'olive, petits oignons, riz (dans le placard), bouteille de vin blanc (dans le garde-manger faisant office de cave à vin car communiquant avec l'air frais parisien), le parmesan (chez le fromager italien en bas de la rue). Un détour chez Giuseppe et son étal de fromages éblouissants, quelques voisins orange croisés dans la cour qui oublient de dire bonjour, et hop ! la cuisine s'emplissait d'un doux parfum grisant (d'autant plus grisant que Pétronille n'a pas l'habitude de mégoter sur la quantité de vin à ajouter à ses petits plats).

Or, par un beau jour d'automne québécois, suite à la conjonction de divers facteurs à fort potentiel de stress (un temps pourri, une chaussure pourtant pas très vieille qui prend l'eau comme une vieille tente de camping en Suède (oui, oui, du vécu), des démêlés épiques par téléphone en pleine nuit (décalage horaire oblige) avec l'administration française dans toute sa splendeur, le deuil de Patrick Swayze qu'elle se sent d'autant plus obligée de porter qu'elle ne cessait de se moquer de son brushing lorsqu'il était en vie, la galère des demandes de subvention de recherche, le choix entre "Les experts" ou "Les experts Miami" ou "Les experts New-York" à la télé...), Pétronille a eu soudain besoin de réconfort culinaire. 

Sa délicieuse mère et ses non moins délicieuses tomates farcies se trouvant à des milliers de kilomètres (soupir), il ne restait plus qu'une solution : le risotto.

Oui, mais bon, c'est là que ça se corse, comme dirait l'autre.

L'huile d'olive ? OK, il en reste dans le placard.
Le riz ? Toujours un stock d'avance (c'est l'aliment pétronillesque de base ; vous seriez surpris de voir tout ce que Pétronille peut accomplir avec du riz : parfois même du matériau de colmatage lorsqu'il est oublié sur le feu)
Le bouillon de volaille Kn*rr ? Déniché à prix d'or dans une épicerie française, et sagement rangé sur l'étagère de la cuisine.
Bref, je vous passe la liste des ingrédients.
Manquaient deux choses, et non des moindres : le parmesan, et le vin blanc.

Et c'est Là (je mets une majuscule, pour que tout le monde comprenne bien qu'on arrive au tournant crucial de cet article et qu'il serait bon de commencer à retenir son souffle) que le plat du pauvre parisien devient le plat de luxe québécois.

Car à l'époque, lecteurs, tenant à tout prix à mon foutu risotto, j'ai non seulement collé dans ma casserole une bouteille de vin chère (par rapport à ce que je mettais en France, entendons-nous bien, car ici elle se trouvait parmi les plus bas prix... en France je ne mettais même pas ce prix-là dans le vin blanc que j'avais l'intention de boire, alors de cuisiner...), mais j'ai aussi mis 7,38 $ (soit 5,249 euros) dans 140 grammes de parmesan...

La preuve en images :



Vous constaterez (bien que la photo soit floue, vous m'en excuserez, c'était l'émotion) que le kilo de parmesan ordinaire (type "grana padano") vendu ici coûte 52$ (37 euros)... quand on le vend entre 14 et 18 euros en France (oui, j'ai pris mes renseignements).
Voilà, tout ceci pour vous encourager, lecteurs européens qui saupoudrez généreusement vos spaghetti du soir avec du gruyère râpé, à compatir ne serait-ce qu'un peu avec nous autres, immigrants européens. Et merci d'avance.
Ceci dit, la bonne nouvelle est qu'il est certainement moins difficile d'être enceinte ici qu'en France. Je n'ai pas droit au fromage au lait cru ? De toute façon, ça fait deux ans que je n'en mange plus...

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Catherine Goux 21/06/2011 09:49


wouarf, j'en oublie le lien…
http://www.fureurdesvivres.com/


Catherine Goux 21/06/2011 09:48


Tiens, juste pour vous faire baver, le Fureur des Vivres de juin est consacré au risotto.


Pétronille 28/06/2011 22:06



Merci Catherine, on peut toujours compter sur vous pour les bonnes infos culinaires !



Lily 16/06/2011 20:11


Oh mon dieu !
Déjà alertée par quelques uns des tes précédents billets, là c'est sûr : moi, fière habitante du pays aux plus de 300 fromages (la France, donc ^^), je n'irai jamais au grand jamais vivre au
Québec... Snif, ça avait l'air sympa comme pays, tout de même.

Bonne continuation, et bon courage pour tes prochains risottos :-)


Pétronille 28/06/2011 22:07



Ceci dit, au moins tu n'es pas blasée et tu apprécies d'autant plus ton morceau de fromage...