Retour en fanfare avec une exclusivité dedans

Publié le par Pétronille

Lecteur(s) de mon coeur, au cas où il t'arriverait, très certainement par hasard, de passer par ici, sache que (à ton grand soulagement j'espère), non, Pétronille n'est pas décédée au cours de ce foutu hiver québécois qui a duré 6 bons mois. Malgré la neige, le vent, le verglas et toute cette sorte de tracas hivernaux qui font marrer les copains restés en France (c'est toujours étrange de faire une webcam vêtue d'une laine polaire face aux amis en tee-shirt qui se plaignent de la sécheresse, hum...), Pétronille n'a pas passé l'arme à gauche et encore moins fui vers des cieux tropicaux plus cléments.

Non, Pétronille s'est trouvée fort occupée par un projet de longue haleine.

Car il faut savoir, lecteur(s), que les immigrants partagent un point commun avec les animaux sauvages en captivité : lorsqu'ils se reproduisent hors de leur environnement naturel, c'est qu'ils sont intégrés. Oui, c'est bien à travers cette phrase subtile et gracieuse que Pétronille annonce à son lectorat restreint (inexistant ?) la venue prochaine en cette bonne terre de Montréal d'un rejeton pétronillesque (aux pieds menus, n'en doutons pas) qui va venir enrichir la diversité culturelle québécoise. Avouez quand même qu'il eut été dommage de laisser perdre d'aussi bons gènes et de ne pas en faire profiter ma patrie d'accueil, hein, mais si.

Je rassure immédiatement le lecteur qui, passée la surprise, peut éventuellement se trouver assailli d'un doute bien compréhensible, je n'ai pas l'intention de raconter ici avec force détails le déroulement de ma grossesse, avec moult termes médicaux et anatomiques à l'appui.

Car j'ai remarqué que lorsque vous êtes enceinte, dès que votre test de grossesse affiche un résultat positif (enfin... quand vous parvenez à le déchiffrer parce que ce n'est jamais aussi net que sur l'image qu'on vous colle dans la notice), vous passez du côté obscur de l'humanité. Vous n'êtes plus un être humain, encore moins un être humain doté d'un cerveau et capable de s'en servir, vous devenez une mère en puissance (et possiblement une mauvaise mère, bien entendu). Ainsi, et spécialement à partir du moment où vous ne pouvez plus dissimuler votre état au regard inquisiteur du commun des mortels, vous vous trouvez réduite à l'état de matrice, sorte de madone auréolée de la grâce de l'enfantement, belle et pure, soit mais aussi légèrement stupide - vos neurones ayant probablement été absorbés par la délicieuse créature qui se trouve en vous (susceptible d'évoluer en adolescent à mèche à forte tendance acnéique, mais n'y pensons pas tout de suite).

Vous ne me croyez pas ?

* Exemple édifiant numéro 1 : dans les couloirs de l'université, vos collègues ne vous demandent plus si vous comptez participer au colloque X, si vous avez prévu de vous rendre à la conférence du Professeur Y, si vous êtes en retard dans la correction de vos copies ou si vous allez enfin publier vos résultats ô combien pertinents dans la revue du département. Non, hommes comme femmes se sentent obligés de commenter votre état à grands renforts de questions originales telles que "et c'est prévu pour quand ?", "ça va, pas trop malade ?", "et vous avez déjà des prénoms ?". On suppose déjà que vous ne pourrez pas participer à tel événement professionnel alors même que vous serez enceinte de seulement 2 mois. Car vous n'avez plus de cerveau, ou en tout cas, vous n'en avez plus besoin, sauf pour procéder à des comparatifs de poussettes. Si par malheur vous faites malgré tout usage de cet organe devenu inutile, on vous soupçonne d'être une mauvaise mère en puissance, détournée du bonheur porter la vie par des considérations terre à terre telles que votre travail.

* Exemple édifiant numéro 2 : toute femme ayant déjà des enfants se sent obligée, en votre présence et quel que soit le lieu, de vous raconter son accouchement (tout particulièrement s'il a été dramatique), avec plein de mots horribles dedans comme hémorragie (je vous passe les autres, c'est vraiment trop affreux). Dans un pays où le moindre film pour adolescentes est précédé d'un affichage annonçant le recours à un langage vulgaire et des scènes de nudité, la grossesse libère curieusement de tous les tabous. C'est ainsi que Pétronille, plongée dans l'obscurité d'un cabinet médical pour faire tester sa vue (qui est parfaite, merci), s'entend raconter par le menu la césarienne (et ses complications, hein) de l'optométriste qu'elle a rencontrée à peine une demi-minute plus tôt. C'est ainsi, également, que ses étudiantes viennent à la fin du cours lui parler de leur expérience (oui, au Québec, on reprend ses études à tout âge et plusieurs étudiantes sont mères de famille) et comparer l'intensité de vos nausées avec les leurs. Les petites mamies aiment à vous raconter leurs péripéties dans le Québec des années 40, où se rendre à la clinique par une tempête de neige relevait de l'exploit sportif. On a même connu mieux (pire ?) : la dame qui s'assoit à vos côtés au cinéma pour vous demander le sexe du bébé et qui ajoute : "moi, j'ai deux filles, une en vie qui est infirmière, et une morte-née" avant d'aller s'installer quelques sièges plus loin (et bonne soirée !). Hé oui, entre femmes enceintes et mères de familles, on est toutes copines, on peut tout se raconter, on fait partie de la même grande et belle sororité.

* Exemple édifiant numéro 3 : sachez qu'il serait très mal venu pour vous de refuser d'évoquer en public les parties les plus intimes de votre anatomie. Maintenant que vous êtes enceinte, votre utérus (oui, comme toute bonne Américaine dans une série télé à 2 balles, la femme enceinte se doit de prononcer le mot "utérus" plusieurs fois par jour) appartient à tout le monde et tout le monde vous en demande des nouvelles avec autant de naturel que si on évoquait votre chien ou votre hamster (ceci est un exemple, car jamais, ô grand jamais, un hamster ne passera le pas de ma porte).

D'ailleurs, tout le monde juge parfaitement naturel de coller une main glacée (en hiver) ou moite (en été) sur votre ventre, devenu bien national. À la caisse des supermarchés, à la bibliothèque... il y a toujours une main baladeuse prête à s'écraser sur la chair de votre chair, une main dont le propriétaire peut se montrer relativement désagréable si votre progéniture n'a pas l'heur de vouloir bouger à ce moment-là.

* Exemple édifiant numéro 4 : tout le monde a un avis sur le sexe du bébé, d'après votre silhouette. Dans la rue, une petite dame vous arrête pour vous féliciter pour "cette belle petite fille" que vous portez, à preuve votre ventre bien rond. L'épicier, quant à lui, sait rien qu'à vous voir de dos qu'il s'agit d'un "p'tit gars", d'autant que vous êtes en train d'acheter es bananes, "un signe qui ne trompe pas" (ah ?). La directrice du département, qui ne vous a jusqu'à présent que rarement adressé la parole, condescend à vous rendre visite dans votre bureau (cagibi sans fenêtre serait le terme approprié mais on ne va pas chipoter) pour vous signaler à toutes fins utiles que le fait que vous n'ayez pas (encore) grossi des cuisses annonce à coup sûr une petite fille.    

* Exemple édifiant numéro 5 : à présent qu'un enfant grandit en vous, vous êtes censée aimer tous les autres enfants, alors que, franchement, qui aime les enfants des autres ?? Sincèrement ?? Vous êtes pourtant obligée de décocher un sourire (crispé mais censé être bienveillant) à tout sale gamin qui pique une crise à l'épicerie, à toute horrible fillette qui hurle à la mort sur le banc à côté duquel vous essayez de lire tranquillement, à toute affreuse marmaille mal élevée qui vous vrille les oreilles dans le bus. Il est d'ailleurs de bon ton de prendre un air attendri (penser au saucisson que vous aurez le droit de manger à nouveau, après) et d'échanger un regard qui se veut connivent avec les géniteurs de ces ignobles gamins. Sans quoi vous passez, une fois encore, pour une future mauvaise mère qui n'a aucune patience avec les enfants, on se demande bien pourquoi vous en faites.

Voilà en quelques exemples (édifiants, donc), lecteurs, le monde hostile dans lequel doit évoluer la femme enceinte, dont on attend qu'elle soit posée dans un coin à caresser béatement son ventre tout au long de la journée, l'esprit peuplée d'images jolies, de bébés animaux et de chérubins aux cuissots plissés. Celle qui ose s'éloigner de cette image d'Épinal et qui - ô suprême honte - se rend au cinéma, mange une crème glacée au chocolat, emprunte les transports en commun, fait du shopping dans des boutiques qui ne vendent même pas de poussette ou de tire-lait (voilà encore un autre mot à citer absolument dans toute conversation mondaine), porte sur le front la marque infâmante de la future marâtre.

À part ça, oui, ça va bien, merci. 

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sifi 02/08/2011 08:40


Ravie de vous retrouver, ainsi que votre style inimitable... J'ai bien ri, notamment en ce qui concerne les gens qui touchent le ventre... avec une amie, on avait envisagé la création de T-shirts
de grossesse avec des phrases telles que "Pas touche!" ou "Et moi, je le touche, ton ventre?" ou encore "Je peux toucher tes fesses en échange?"


Kolomar 30/06/2011 22:44


Quel bonheur de vous retrouver... accompagnée d'une si bonne nouvelle ! Félicitations, et longue vie à ce blog !


Pétronille 18/07/2011 17:09



Merci pour cet enthousiasme qui fait chaud au coeur, rien que pour ça, ça valait le coup de se remettre à écrire n'importe quoi (ou presque) sur ce blog.



Catherine Goux 15/06/2011 18:27


Ah la canicule ! Ça me rappelle le mois de juillet que j'ai passé, grosse comme un phoque échoué, sur la galerie AVEC un ventilateur. C'est bien pour bébé, lui il sera bien : )


Pétronille 15/06/2011 18:29



Ça me rassure de savoir que d'autres sont passées par là et ont survécu (et le bébé aussi). Je dois dire que j'appréhende un peu, on commence à avoir des températures très élevées et je vis dans
un appartement tellement bien isolé qu'il y fait encore plus chaud que dehors !



Catherine Goux 14/06/2011 12:10


Et le père ? Faudrait nous parler du père aussi. Qu'est-ce qu'il fait dans la vie-que font ces parents-il vote libéral ?
Et puis c'est pour quand ?

Heureuse de vous retrouver en plein bonheur et avec toujours cet humour !


Pétronille 15/06/2011 16:23



Les futurs grands-parents sont irréprochables, j'ai mené mon enquête en infiltrant la famille il y a quelques années déjà (un travail de longue haleine, on vous dit !). Si on fait abstraction de
la manie du futur père de vouloir cuisiner en quantités industrielles des légumes improbables, je crois que je l'ai bien choisi.


Encore quelques mois à attendre (et la canicule montréalaise à supporter tout l'été...) avant de me transformer en mère de famille respectable.



Godnat 14/06/2011 10:41


J'ai bien à ces descriptions de tout ce que j'ai pu vivre 3 fois en grinçant. D'ailleurs, puisqu'on en parle, moi mes accouchements... ;-)


Pétronille 15/06/2011 16:19



Merci pour ce commentaire qui m'a fait rire ! Attendons que j'accouche, on pourra comparer nos expériences :)