Panique à la clinique - épisode 1

Publié le par Pétronille

Aujourd'hui Pétronille a testé pour vous l'enfer québécois. On aurait pu croire que ce pays amical, chaleureux, lumineux (adieu hivers gris et humides français, vivent les hivers ensoleillés et secs !) ne recelait aucune part d'ombre (si l'on excepte le camembert en boîte, oui, bon...) et pourtant... Et pourtant, lecteur, si tu savais comme se faire soigner au Québec relève de l'aventure, demande des trésors de patience et un vrai travail sur soi-même.

Il y a deux types de Québécois, sache-le.
- ceux qui ont un médecin de famille, et qui peuvent donc se promener dans la rue la tête haute
- et les autres. 

Le médecin de famille, comme les hommes de 30 ans intelligents ET célibataires ou le jambon blanc, est une denrée rare au Québec.
Le médecin de famille, comme l'adresse d'un bon coiffeur pas cher et sympa à Paris ou la recette du crumble aux fruits exotiques, se transmet en chuchotant de génération en génération, dans le secret le plus absolu.

Pour résumer cela à l'intention des lecteurs français qui râlent quand ils attendent 15 mn chez le médecin : si vos ancêtres fraîchement arrivés en Nouvelle-France au 17e siècle avaient un médecin de famille, vous êtes sauvés. Pour tous ceux qui sont arrivés après la Bataille des Plaines d'Abraham (
voir ici pour les curieux ou les incultes), c'est foutu. Nouveaux immigrants ou Québécois ayant simplement déménagé dans une autre ville, il n'y a pour vous qu'une seule solution : la clinique médicale.

La clinique médicale n'est pas un hôpital propret comme on le voit dans les séries télé françaises aseptisées et meublées IKEA, mais un bâtiment grisâtre semblable à une antenne locale de la Sécu (ou pire, du Pôle Emploi de sinistre mémoire). 
Le malade, si et seulement s'il est sûr qu'il a quelque chose de grave (sinon, il va montrer ses ganglions ou le fond de sa gorge à son pharmacien, lequel trône derrière un bureau au fond d'un supermarché, quelque part entre le rayon shampooing et les sodas à fort taux de faux sucre), se rend donc à la clinique médicale, où il va à coup sûr perdre :
(ne rien rayer : il n'y a pas de mention inutile) 
- son temps
- sa patience
- son emploi (car il faut prendre sa journée pour être sûr d'avoir accès au médecin)
- sa santé (vous entrez avec une entorse, mais ressortez - promiscuité oblige - avec la grippe A)
(non je ne suis pas vaccinée)

Le Québécois qui n'est pas gravement malade peut aussi se rendre à la clinique uniquement pour faire renouveler une ordonnance (10 secondes dans le cabinet du médecin pour 5 heures d'attente, donc), ou demander le sésame qui lui permettra de voir un spécialiste (un gynécologue, par exemple, espèce rare et en voie de disparition que certains vieux sages ou vieux fous disent avoir réellement existé, mais ce n'est peut-être qu'une légende urbaine).


(fin de l'introduction)
(longue mais nécessaire)
(si si) 


Aujourd'hui, donc, Pétronille s'est rendue à la clinique la plus proche de chez elle à 8h30 du matin (la clinique ouvrant à 9h).
Première joie, ô joie : 23 personnes sont déjà là, à faire sagement la queue (ai-je précisé que ce jour-là il s'était précisément remis à neiger à très gros flocons ?)


(mon travail extrêmement prenant m'oblige à interrompre ici ce récit,
laissant mes chers lecteurs pantelants, crispés par ce suspense insoutenable,
mais rassurez-vous : la suite arrive bientôt)
(car nous n'en sommes qu'au début d'une longue suite d'aventures
joyeuses au pays de la clinique médicale)



 

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Un lecteur soulagé 03/03/2010 20:01


Ah, quel retour, chère Pétronille !

Ayant découvert depuis peu l'encaustique délicat duquel vous oignez ma province d'adoption chérie, je craignais que votre complexe de maudite française n'étouffe à jamais l'inspiration qui pour
l'instant vous refuse un tel qualificatif.

Et j'espère que comme moi vous trouverez une clinique montréalaise dans laquelle il est possible de poser un pied sans qu'il reste dans la tombe.


Catherine Goux 03/03/2010 09:03


J'avais entendu dire par des amis que l'accès aux soins médicaux s'étaient beaucoup dégradés. Je vais faire ma "vieille" : de mon temps, ma chouette, tout marchait très bien !
Vous voulez pas m'envoyer votre mail, que je puisse le donner à Jéricho ? Comme ça, c'est lui qui vous contactera.