Le complexe de la Maudite Française

Publié le par Pétronille

Oui, bon, je sais ce que vous allez dire, lecteurs de mon coeur, encore une fois on me croyait morte, happée par une souffleuse (ce qui a bien failli arriver), enfouie sous une tonne de neige (ce qui a bien failli arriver), gelée jusqu'aux os avec deux orteils en moins (ce qui a bien failli arriver aussi), affalée ivre morte sur un coin de trottoir (ce qui ne risque gère de m'arriver car je ne bois - presque - plus).
 
Si je n'ai plus écrit ici, c'est d'abord parce que je suis très occupée. Recommencer sa vie à l'autre bout de la terre demande non seulement beaucoup de sous (premier problème, donc), beaucoup d'énergie, beaucoup de travail, beaucoup de motivation et un léger grain d'inconscience pour parsemer le tout. Ici (contrairement à ce que la propagande pro-immigration nous serine lorsqu'on est en France) je travaille (beaucoup) plus pour gagner (beaucoup) moins, c'est l'un des aspects marrants de la vie au pays du dollar.
 
En outre, alors que je soignais un coup de froid dans un bain bien chaud (c'est l'avantage du Québec : le moindre minuscule appartement a une baignoire, oui, oui, tenez je l'écris à nouveau, et en italiques, pour me gargariser du mot : baignoire), j'ai réalisé que j'avais quelques scrupules à raconter ma vie québécoise sur ce blog.

Mais oui.

Juste avant de m'évanouir dans l'étuve de la salle de bain (mais ayant miraculeusement sauvé mon orteil), j'ai compris qu'il y avait en moi un fond de culpabilité que les spécialistes, dans leur jargon médical, nomment le "complexe de la maudite française".

Voyez-vous, lecteurs, lorsque je vivais en France, je n'hésitais pas vraiment à dire du mal (dans le désordre) :
- des plombiers installés en face de chez moi mais qui vous tarifent 100 euros le déplacement (ce qui signifie, dans le langage plombier : traverser la rue),
- de la SNCF (comme je le regrette d'ailleurs, car depuis que je vis dans un pays sans train, il m'arrive de me réveiller en sanglots après avoir rêvé du TGV),
- de GDF qui m'a entubée de 400 euros sans jamais reconnaître son erreur (comment un 2 écrit à la va-vite devient un 8 sur votre facture et comment 40 euros de consommation flambent à 400 : j'aurais donc outrageusement surchauffé mon minuscule appartement parisien en plein mois d'août),
- des chauffeurs de taxis qui me demandent mon avis sur le génocide arménien à 1 heure du matin après huit heures de train dont deux arrêtée sur la voie,
- des gardiens d'hôtel libidineux,
- des voisins alcooliques et joueurs de flûtiau,
- de la télévision qui nous recycle Claude François en veux-tu en voilà,
- des parisiens orangés des beaux quartiers qui ne disent pas bonjour derrière leurs lunettes en verre fumé,
- du métro, des couloirs de bus, de la banque, etc, etc...

Allez savoir pourquoi, mais j'ai l'impression que si je fais la même chose ici, je vais passer pour la maudite française de service, vous savez celle qui trouve que tout est mieux en France, celle qui n'a que la critique à la bouche, celle qui n'est pas foutue de comprendre que malgré la langue commune elle se trouve à l'étranger et non dans une colonie française. 

Donc si je commence à critiquer le réseau de transport, la télévision, l'université, les impôts, le système de santé (ah, le système de santé, tout un poème)... québécois, j'ai bien peur qu'on m'assimile à cette catégorie de français insupportables.

Parce qu'évidemment, il y a plein de belles choses au Québec, et les gens y sont en majorité absolument adorables et accueillants. Mais on n'est pas là pour faire un blog mielleux, plein de bons sentiments et dégoulinant d'eau de rose qui chaque jour détaillera des choses splendides et agréables.

Non.

Ce n'est pas là la marque pétronillesque. 
Car bien que mon âme soit pure et innocente comme l'agneau qui vient de naître et tète encore sa mère (un peu de Belles-Lettres ici ne nous fera pas de mal), comme vous le savez bien, lecteurs bien-aimés, je ne vois guère l'intérêt d'un blog béat.

Voilà donc les scrupules bien légitimes qui m'ont un peu retenue de vous décrire mon quotidien par -20 degrés. 

Si je parviens à les surmonter (et gageons qu'avec un peu de bonne volonté je vais bien finir par formuler quelques critiques même pas constructives de la vie à Montréal), comme les héros à deux balles des blockbusters américains, je reviendrai. 

Commenter cet article

Frédérique M 13/02/2010 14:54


Et le complexe de la maudite française qu'a un poil dans la main, vous le connaissez pas celui-là ? :0)


Pétronille 21/02/2010 06:21


(sourire)

En fait, c'est plutôt le contraire : c'est quand j'avais un poil dans la main que je pouvais passer mon temps à raconter n'importe quoi sur mon blog. A présent que le poil est tombé, je n'ai plus
guère le temps de poster mes élucubrations pétronillesques. Mais je promets de faire un effort.
Si si. 


Hermione 13/02/2010 13:10


Moi je dis : lâche-toi ! Tu n'es pas non plus chez les Bisounours, ça n'existe nulle part ces bêtes-là. Tant que ce n'est pas méchant gratuitement et que c'est drôle, pas de scrupules à avoir !


Pétronille 21/02/2010 06:22


C'est vrai, d'autant que vu le peu que j'écris en ce moment, il y a peu de risques qu'un Québécois vienne se promener par ici...

(comment ça, ça n'existe nulle part les Bisounours ? Encore une illusion envolée... pfff...) 


Odette 06/02/2010 19:50


"the men is in the house" blog de Coralie et Lauris, 2 provençaux qui ont osé braver l'hivers québécois, et sont à Montréal depuis septembre 2009 n'hésitent pas à nous faire part des différences
qui les surprennent ou les dérangent, sans animosité, avec humour, le but de leur blog étant bien sûr de garder un lien et d'informer leurs proches sur leur vie à Montreal.


Pétronille 21/02/2010 06:24


Je ne sais pas comment apparaît l'hiver québécois aux yeux de provençaux, mais pour moi je dois dire que ce n'est pas si terrible que je l'avais envisagé (il faut dire que : 1/ j'avais envisagé le
pire et 2/ il paraît que cette année on a eu un hiver pourri).


Catherine Goux 06/02/2010 11:11


Comme Mère Castor, j'ajoute mes suppliques aux siennes. On s'ennuie des récits avec votre regard bien caustique. Et on ne dira rien aux québécois, promis : )


Pétronille 21/02/2010 06:25



Il faut vraiment que je trouve du temps, mais je vais essayer, promis, promis.



la Mère Castor 06/02/2010 08:51


Pouvons nous à votre bonne volonté ajouter quelque supplication bien tournée ? Vous nous avez manqué affreusement, chère Pétronille. Quand votre baignoire sera vide, pensez un peu à nous qui sommes
restés là bas.


Pétronille 21/02/2010 06:27


Chère Mère Castor, merci de ce gentil mot. Il faut croire que les délices des bains moussants m'ont fait oublier mes devoirs envers mes fidèles lecteurs, je vais y remédier !