"Je ne bois que du blanc depuis que je suis enfant"

Publié le par Pétronille

Aujourd'hui, dans l'espoir un peu fou d'accompagner dignement un poisson en papillote qui n'en demandait certainement pas tant, mais qui le méritait pleinement, Pétronille a pénétré de son pied menu (le droit) dans le saint des saints, à savoir un établissement mystérieusement baptisé SAQ. Pour les innocents, les néophytes et les curieux, cet acronyme désigne la Société des Alcools du Québec (à ne pas confondre, donc, avec la SAAQ, qui est la Société de l'Assurance Automobile du Québec : un malentendu étant vite arrivé, il serait dommage de se pointer au service du permis de conduire avec les bras chargés de bouteilles de rouge...).

C'est dans ce lieu de perdition que se rendent les Québécois flambeurs qui ont 20 ou 30 dollars à claquer dans une bouteille de vin.

Des foufous, quoi. 

L'endroit ressemble à n'importe quel supermarché, en plus feutré, avec ses immenses rayonnages et ses promos du mois. Le client navigue gaiement entre les cidres à l'érable (pour fins connaisseurs uniquement... Faut-il les boycotter aussi, Brigitte ?) et les vins de tous horizons, français, italiens, espagnols, australiens, sud-africains, chiliens, argentins, et même canadiens (que les vendeuses recommandent particulièrement - et même si possible exclusivement - pour la préparation de vinaigrettes).

En ces lieux mystérieux, la Pétronille ordinaire se croit en plein
Desperate Housewives ou en plein téléfilm de M6, ces mondes parallèles où les belles plantes toutes en jambes, en brushing et en maxillaires commandent d'une voix feutrée "Un Chawedonnaaay" en replaçant négligemment une boucle de cheveux platine derrière leur mignonne oreille sous le regard blasé du barman qui en a vu d'autres. Jamais vu autant de Chardonnay de ma vie. Je crois d'ailleurs n'en avoir jamais bu en France. Qu'à cela ne tienne, ici le Chardonnay coule à flots, on nage dans le Chardonnay, on est toutes des Bree Van De Kamp en puissance. 

Ici le vin est un produit commercial comme les autres. Alors vous nous ferez le plaisir, alcooliques ignorants, de ne pas vous contenter d'acquérir une bouteille pour le repas du soir, mais de mettre un peu de "fun" dans vos achats. Ici, l'acquisition d'une bouteille de vin est un moment ludique, je vous prie de le noter dans vos tablettes. On commence par choisir sa pastille (voir illustration), normalement en fonction de nos préférences (vin léger, vin fruité etc...) mais on peut aussi se laisser tenter par une couleur. "Allez, ce soir je me fais une pastille orange !" ne doit pas vous surprendre dans la bouche d'un Québécois. 





Le client, ébloui par tant de choix possibles de Chardonnay (Chardonnay sud-africain, Chardonnay australien etc...), a aussi la possibilité de s'offrir une petite dégustation, histoire de comparer quelques crus et d'émoustiller quelque peu ses papilles. Ô joie, c'est sous les spots et dans un air surclimatisé que tu pourras, lecteur, grâce à la SAQ, tester le distributeur de vin, une grande machine vitrée avec compteur. Pour quelques dollars glissés dans la fente (soit environ le prix d'une bouteille entière en France), tu pourras ainsi emplir un fond de verre tout seul comme un grand et faire rouler le liquide sur ton palais, entre deux rayons de champagnes aux prix prohibitifs.

Une fois que ton choix sera finalement arrêté et ton caddie rempli, tu pourras, ô merveille technologique, tremper ta bouteille dans un bain d'eau bleue fluorescente et glacée. Il te suffira d'enclencher la minuterie, comme sur un bon vieux micro-ondes, et il ne te restera plus qu'à regarder passer les gens en sifflotant, le temps que la bouteille refroidisse et atteigne la température de dégustation idéale.

(ludique, on vous dit) 

Et si tu es campeur, ou que tu n'aimes pas partager (l'un n'excluant pas l'autre, d'ailleurs), on a pensé à tout ! Lecteur, toi qui ne dédaignes pas te jeter un petit verre de vin derrière la cravate au coucher du soleil, après une journée de randonnée, ou même après une longue journée de travail, réjouis-toi ! Si tu désires simplement te rincer le gosier avec un petit verre, plus la peine d'ouvrir une bouteille entière, qui va s'aérer plus que de raison et tourner au vinaigre dans la porte du frigo quelque part entre la bouteille de lait et le jus d'orange. Finie, même, la corvée du verre. Nous vivons une époque merveilleuse, moderne, innovante, où le vin se boit... en canette. 

Mais juge plutôt :

                

Pratique et chic, esthétique et compacte, la canette de vin se glisse discrètement dans un sac à main raffiné ou un sac à dos de campeur. Ainsi la jeune femme active qui désire décompresser discrètement comme le randonneur qui a bien mérité son apéro peuvent se décapsuler à toute heure un bon Merlot ou même un délicieux "Chawedonnaaaay", qui d'ailleurs accompagneront parfaitement un bon Brie en boîte.

Tout cela pour vous dire, lecteurs, que le jour où je repose mon pied (menu - le droit) en France, il y a de fortes chances que je vire alcoolique, pour me rattraper.


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(Le poisson était délicieux, merci)


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