Découvrons ensemble les moeurs des adolescents québécois grâce à la publicité (sous-titre : "prenez un chewing-gum Emile")

Publié le par Pétronille

Chers lecteurs innocents qui vous vautrez gaiement dans votre canapé moelleux pour regarder tranquillement la télévision, que votre choix se porte sur un téléfilm à fort potentiel lacrymal ou une série américaine à fort potentiel mammaire, vous vivez sans même vous en rendre réellement compte des moments heureux. Une petite coupure pub d'une microscopique dizaine de minutes à peine vous permet de faire un petit tour aux toilettes avant d'attaquer la fin de votre programme, à moins que (ô veinards) vous regardiez une chaîne qui a carrément renoncé à la pub pendant le film.

Sachez qu'ici, au Québec, comme dans toute l'Amérique du Nord (ne stigmatisons pas gratuitement les seuls Québécois, ce serait fort injuste), seules les personnes désespérées ou trop pauvres pour posséder un lecteur DVD osent regarder la télévision. Car ici, la publicité est omniprésente. Pas la peine de se demander pourquoi la plupart des films commencent à 19h : c'est pour que vous puissiez aller vous coucher vers minuit, si vous avez réussi à tenir sans balancer la télécommande à travers le salon ou éclater en sanglots nerveux. En effet, lecteurs de mon coeur, vous saurez qu'ici (à part sur quelques rares chaînes du câble), il y a une coupure pub toutes les 6 minutes environ, la coupure en question durant environ 10 minutes (dont 7 de téléachat, vous invitant à vous demander comment vous avez pu vivre aussi longtemps sans l'aspirateur qui désinfecte aussi le frigo ou sans l'épluche-légumes électrique pour l'achat duquel on vous offre une gamme d'épilateurs à aisselles). Aussi, regarder la moindre émission devient vite un défi pour les nerfs, que vous apaisez en profitant de chaque coupure pub pour aller chercher un peu de chocolat ou un paquet de chips (mauvais pour les nerfs
et pour la cellulite, donc).

En dehors du téléachat, certaines publicités présentent toutefois un certain intérêt anthropologique, dans la mesure où elles permettent à l'immigrant de mieux comprendre le quotidien des gens qui l'ont accueilli dans leur beau pays. Ainsi, une publicité récurrente (parce que,
oui, en plus, ils passent toujours les mêmes en boucle) a récemment attiré mon attention.

Elle commence de manière assez traditionnelle, comme une scène extraite d'un téléfilm du dimanche après-midi pour adolescents. Un jeune homme sonne à la porte, ce qui provoque à l'intérieur une réaction bien naturelle de la part de la jeune fille de la maison : elle dévale les escaliers, toute émoustillée à l'idée de passer la soirée à manger des burgers dans un centre commercial en échangeant des phéromones avec un camarade de classe super cool (il a un blouson en cuir).

Jusque-là, rien que de très banal.

Le père de ladite jeune fille se matérialise alors. On sent qu'il est rentré fourbu et harassé d'une journée de travail difficile, et qu'il commence à peine à décompresser, le cher homme. Ayant bien mérité un peu de réconfort, il s'offre le plaisir bien légitime de manger une pizza, qu'il promène à bout de bras, et toute entière, dans toute la maisonnée.

Mais ce n'est pas n'importe quelle pizza, ô lecteurs néophytes. Il s'agit d'une pizza dont la pâte est entièrement fourrée à l'ail, ce qui présente l'avantage supplémentaire de désodoriser la maison par la même occasion.

La jeune fille, d'ailleurs, n'est pas insensible à l'odeur alléchante de cette petite merveille et n'hésite pas à s'engouffrer une bonne part de pizza à l'ail avant son rencard. Et prononce alors 
LA phrase culte : "hummmm, c'est bon l'ail !".

Vous saurez donc, lecteurs adolescents qui comptez sur votre échange Erasmus pour emballer de jolies Québécoises, que la Québécoise ne semble ne pas voir d'inconvénient majeur à sentir l'ail à plein nez lors de ses rendez-vous amoureux. Si vous tentez une approche et comptez passer la soirée à vous embrasser goulûment bien au chaud dans votre pick-up, ce sera donc à vos riques et périls.

Vous ne pourrez pas dire que vous n'aurez par été prévenus.

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Note : pour la petite histoire, il s'avère que la pizza à l'ail a sauvé la vertu de la jeune fille puisque son amoureux transi était en fait... un vampire, qui s'est transformé en chauve-souris dès qu'on lui a présenté une part de la pizza en question.

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Je vous laisse à présent juger par vous-mêmes :
http://www.youtube.com/watch?v=S1o81rSYNLU

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clémentine 05/09/2009 18:30

Merci Pétronille de nous faire partager ces anecdotes désopilantes. J'attends avec impatience un sujet sur le vocabulaire québecois ça devrait être savoureux !

Yanka 04/09/2009 03:02

Ma femme est xénophobe... :-(

Je blague. « Montréal, bof ! » (dit-elle). Alors nous y allons rarement, pour les livres et non pour « la bouffe » (non commun de la gastronomie, ici, dans ce pays « sympa »).

Mais j'ose espérer qu'on trouve des restaurants italiens à Montréal avec des machines à café Saeco ou autres, sinon je suis tout prêt à déclarer que je déteste les italiens, alors que j'ai un préjugé assez favorable à leur encontre.

Yanka 03/09/2009 14:13

Vous savez donc maintenant que la pluie est un délice comparée au café de chez Tim Hortons. Une seule fois en quatre ans j'ai vu une machine à café digne de ce nom : en Gaspésie, à Percé. Sinon, du café insipide au percolateur, partout... Je ne prends plus de café dans les restaurants.

Pétronille 04/09/2009 02:07



Aïe, Percé ça fait un peu loin pour un bon café... Je m'étais laissé dire que peut-être, en Petite Italie...? 



Yanka 03/09/2009 05:09

Je regarde fort peu la télé à cause de la pub, justement. Une pub = une bordée de sacres. Une pub qui me fait marrer, c'est celle vantant le café de chez Tim Hortons. Y a pas pire infection ! Le café chez eux, comme d'ailleurs dans la plupart des restaurants, est une infâme lavasse constituée d'à peu près 2 cuillers à café d'un simili-café sans parfum avec dix ou douze litres d'eau. Autant boire de la pisse !

Pétronille 03/09/2009 05:51



Ne m'en parlez pas : j'ai eu l'imprudence, peu de temps après mon arrivée ici, de m'abriter de la pluie chez Tim Hortons et d'y prendre un café. Je jure
solennellement que ça ne se reproduira plus !



Frédérique M 02/09/2009 22:12

Rentrez vite Pétronille, nos amis Québécois vont vous rendre folle ! (en plus on comprend à c'qu'y jactent!)

Pétronille 03/09/2009 05:49



Mais si, mais si, on s'y fait très bien !