"Le moustique québécois, c'est encore pire que ce que tu crois" (proverbe local)

Publié le par Pétronille

Il y a deux ans, Pétronille, dans son innocence presque risible (je répète : presque), fustigeait le moustique suédois, qui n'en demandait pas tant, et se trouvait présenté aux yeux du monde comme un terrible prédateur, aux aguets jusque sous dans les douches (sans rideau, ni verrou, rappelons-le) des campings scandinaves les plus reculés.

Il y a un an, Pétronille faillit perdre l'usage de sa cuisse (dont les contours boursouflés auraient fait pâlir d'envie le plus habile maquilleur de film d'horreur), et du même coup sa pharmacienne laquelle ne lui a toujours pas pardonné ce jour d'été où elle souleva le rebord de sa jupe dans son officine pour lui montrer le phénomène en question. Tout cela à cause d'un moustique breton, probablement descendant d'une longue lignée de barbares vikings, venu se glisser nuitamment sous ses draps.

Bref.

Tout cela est aujourd'hui bien loin, chers lecteurs, je vous prie de me croire.

Car le moustique suédois et le moustique vikingo-breton réunis ne font pas le poids face au champion toutes catégories qu'est le moustique québécois (saloperius mousticus quebecus - "maringouin" pour les initiés).

Le moustique suédois est au moustique québécois ce que le chihuahua est au doberman, ce que Marc Lévy est à Oscar Wilde, ce que Bukowski est à Tante Suzon... bref, vous m'aurez immédiatement comprise, comme on dit dans le jargon : de la gnognotte (et je pèse mes mots).

C'est une femme dont la rotule a mystérieusement disparu qui vous le dit.

Aujourd'hui, en effet, profitant du fait que la pluie a enfin cessé de se déverser l'air de rien sur Montréal, Pétronille avait décidé de prendre une pause bien méritée et d'aller gambader gaiement dans la nature comme elle sait si bien le faire, et ce à quelques kilomètres en dehors de la ville...soit (si on compte le temps d'attente infiniment long entre deux métros, et entre deux bus*) environ deux heures de trajet en transports en commun.

Une fois arrivée au parc nature du Cap Saint-Jacques, qui, entre autres choses délicieuses, possède une plage sur le Saint-Laurent, et une fois remise d'avoir dû verser 4,5 dollars pour pouvoir entrer (bienvenue au pays du capitalisme, la nature à portée de main pour ceux qui ont un billet dans leur portefeuille), Pétronille pose son pied menu sur le chemin qui mène au fleuve.

Aussitôt, comme dans un film d'horreur à petit budget avec de la mauvaise musique crispante en fond sonore, une nuée d'insectes a fondu sur elle. Croyant bêtement, au vu du gabarit desdites bestioles, qu'il s'agissait de "bibittes" (comme on dit ici) inoffensives de type bourdon ou libellule, Pétronille a continué gentiment à admirer la nature et à respirer du bon air frais jusqu'à ce qu'une douleur fulgurante au niveau du genou lui fasse jeter un oeil sur le spécimen géantin de moustique qui, pas perturbé le moins du monde, aspirait avidement son sang exotique de Française élevée au jambon de pays.

En moins de 25 secondes, Pétronille avait déjà reçu 16 piqûres.

30 secondes plus tard, sa rotule avait disparu sous l'enflure et n'a pas donné signe de vie depuis.

Pétronille, vous l'aurez compris, est allergique aux piqûres d'insectes en général et de moustiques en particulier, un mal qui touche beaucoup de malheureux de par le monde mais qui n'est pas assez porteur pour intéresser les laboratoires, et condamne les piqués à frôler le tétanos et à friser le choc anaphylactique à chaque promenade dans la nature.

Devant prochainement partir à la découverte des parcs naturels québécois avec sa tente sur le dos, Pétronille s'est donc munie d'un répulsif au packaging attractif (tête de mort orange fluo sur le dessus du pot, grosse flamme rouge sur l'arrière, et gros point d'exclamation dans un triangle noir sur le devant... et petite phrase anodine de type "bien emballer le contenant avant de le jeter aux ordures ménagères"... rassurant, donc), qui promet des merveilles contre (je cite :) les moustiques, mouches noires, aoûtats, tiques, mouches piquantes d'étable et mouches à chevreuil. Autant dire qu'au plus profond des forêts québécoises, l'ennemi n'est pas l'ours noir, loin s'en faut, mais la variété extraordinaire d'insectes mordeurs et voraces qui se partagent les mollets des  innocents campeurs venus de tous horizons.

Si vous n'avez pas de nouvelles de moi d'ici deux semaines, merci d'envoyer de musclés pompiers et gardes-forestiers québécois à ma recherche et de dire à ma mère que ma dernièe pensée aura été pour ses tomates farcies.
 
---------------------------------------
* un sujet qui méritera un article à lui tout seul, soyez-en sûrs. Que les Québécois soient loués jusqu'à la fin des temps pour leur patience infinie aux arrêts de bus et sur les quais du métro.

Commenter cet article

Frédérique M 14/08/2009 00:06

Ce que vous m'annoncez là Pétronille est tout simplement terrible. Terrible.

Pétronille 15/08/2009 02:38



Votre compassion me va droit au coeur, chère Frédérique, je vous prie de me croire.



Frédérique M 28/07/2009 15:46

Ami lecteur, Pétronille a sa chanson :

http://www.deezer.com/listen-207299

Frédérique M 28/07/2009 09:08

Pétronille, malheureuse, n'allez pas exposer votre chair tendre sous le dard de ces prédateurs ! Un peu de jugeotte. Partez avec un canadien accorte et musclé qui vous protègera habilement, avec son corps s'il le faut. Et si vous n'avez pas de spécimen sous les mains, je vous recommande une robe bleue que j'ai vue récemment et qui ma foi devrait effrayer le plus aguerri des maringouins.

Pétronille 13/08/2009 22:54



Trop tard, ma chère, trop tard. J'ai apprécié vos conseils et cherché à les mettre en pratique(entre la robe bleue et le canadien musclé, je n'ai guère hésité
longtemps, d'autant que la robe n'est pas forcément pratique en randonnée), mais j'ai malheureusement découvert que lorsqu'il s'agit de maringouins (ou pire : de mouches suceuses de sang, j'y
reviendrai), c'est chacun pour soi : il n'y a plus personne pour vous protéger avec son corps, hélas...



Suzanne 27/07/2009 21:31

Les maringouins ils ont mangé ma belle
Ils l'ont mangée avec de la ficelle
Ils n'ont laissé que ses gros orteils
Pour boucher les demi-bouteilles

(chanson de Louisiane)

Pétronille 28/07/2009 06:13



Que voilà une chanson encourageante...
(vous ai-je dit que je partais camper dans la forêt cette semaine ?)



Didier Goux 27/07/2009 15:35

Je me suis laissé dire qu'en août, toutes ces bibittes étaient déjà beaucoup moins actives. Mais bon : faites gaffe tout de même...

Pétronille 28/07/2009 06:03



Le Ciel et toute autre personne compétente vous entendent ! Mais hélas, une gentille demoiselle travaillant pour la société des parcs du Québec m'a dit aujourd'hui
textuellement : "on n'en est débarrassé qu'avec le gel", ce qui ne laisse rien présager de bon...